Compagnie de l'Alambic
Christian Bourigault

Masculin Pluriel

Pièce pour 8 "hommes qui dansent" - 2002

intentions

Pour Bernard

Masculin Pluriel
Masculin Pluriel
photos : Fabrice Ménier

Masculin Pluriel est né de ma perception relative à la difficulté voire à l’impossibilité de la circulation d’une parole intime entre hommes. Mon désir est de faire émerger le sensible et l’intime dans cet échange au masculin et de (re)mettre les hommes en situation d’exposition et de dévoilement. Ceci implique un changement d’attitude fondamental par rapport aux rôles sociaux, professionnels et familiaux derrière lesquels les hommes s’abritent pour faire la preuve qu’ils existent en tant qu'hommes.

L’objet de Masculin Pluriel est l’émergence de l’intime à travers la diversité des corps et des paroles des interprètes. Cette diversité donne à la pièce sa forme hybride où se confrontent les différents matériaux de construction : les états de corps, le physicalisme de la danse, les situations théâtralisées, les différents niveaux de prise de parole (le récit, le témoignage, le souvenir, la revendication, etc.).

Nous avons besoin d’une initiation à l’intime qui passe d’abord par les gens de son sexe. C’est pourquoi ce projet réunit une équipe de création totalement masculine : interprètes, créateur de la lumière, vidéaste, régisseurs et collaborateurs. Il ne s’agit pas de définir une nouvelle identité masculine qui remplacerait un ancien modèle dominant en crise mais à l’inverse faire éclater les modèles identitaires figés et remettre de la mobilité sans angoisse entre les composantes de ces facettes identitaires. Le passage d’un modèle collectif dominant à un éclatement vivant de singularités me semble porteur d’enjeu de pouvoir par rapport à cet “être ensemble” au masculin. Que ces hommes réconciliés avec toutes les composantes d’eux-mêmes se retrouvent dans des complicités communes pour vivre la relation à l’autre, homme ou femme, autrement que comme une menace et une prise de pouvoir.

Que simplement puisse se dire le masculin qui se veut résolument mobile, inventif et pluriel.

Christian Bourigault
retour haut de page

distribution

Affiche Masculin Pluriel
affiche : Sarah Gille
  • Conception et chorégraphie Christian Bourigault
  • Créé et interprété par Cyril Accorsi, Philippe Cohen-Selmon, Nicolas Diguet, Cyril Leclerc, Simon Nemeth, Walter N'Guyen, Laurent Perrier, Alban Richard
  • Lumières  Henri-Emmanuel Doublier
  • Musique Laurent Perrier
  • Vidéo Benoît Bradel
  • Collaboration artistique Jean-Charles Di Zazzo, Paolo Malvarosa
  • Régie lumières Cyril Leclerc
  • Régie générale Sylvain Giraudeau
Remerciements à Khalid Benaouisse, Henri-Emmanuel Doublier, David Wampach et Noele Van Kelst ainsi qu'aux hommes qui ont participé aux bavardages (paroles nourricières de Masculin Pluriel)

Production
Cie de l'Alambic

Coproduction
Espace Michel Simon, Noisy-le-Grand
La Coupole, Scène nationale de Sénart
ADDIM de l'Yonne
Le Forum, scène conventionnée de Blanc-Mesnil

Avec le soutien financier à la résidence de création de l'Equinoxe - Scène nationale de Châteauroux
Avec le soutien de l'ADAMI

Remerciements au Centre de Danse du Galion - Aulnay-sous-Bois et au Centre National de la Danse

retour haut de page

presse

"Le festival Faits d'hiver interroge la quête d'amour et l'identité sexuelle", Rosita Boisseau, Le Monde, 12 janvier 2005

Enfin ! Enfin, la pièce Masculin Pluriel du chorégraphe Christian Bourigault a trouvé un théâtre à sa taille en proche banlieue parisienne : celui de Vanves, qui ne craint pas les gabarits spectaculaires. Une action d'éclat, compte tenu de la frilosité apparente des programmateurs devant cette pièce masculine tempétueuse créée en 2002.

A l'enseigne du festival Faits d'hiver, qui essaime sa programmation dans cinq lieux à Paris et en banlieue, cette saga tendance "huit hommes dans un bateau" mérite qu'on embarque dans ses soutes.

Ça chauffe, ça se bagarre, ça crie, ça craque. Saisis en pleine fièvre introspective, nos lascars, homos et hétéros, danseurs et acteurs mélangés, n'y vont pas de main morte pour évoquer ce qui les met sens dessus dessous. A quel moment vous êtes-vous senti être un homme ? Quelles sont les parties de votre corps que vous préférez ? Comment montrez-vous vos émotions à un autre homme ? De quoi parlez-vous entre hommes ? Autant de questions bien raides auxquelles répondent franco les huit interprètes, tous palpitants d'urgence, qui font la force de cette pièce viscérale, brutale parfois, mais souvent drôle.

Face à l'identité masculine en crise, ils prennent les clichés machos à la gorge, font rendre l'âme aux fausses valeurs qui les piègent dans des rôles usés. Enquête serrée sur la piste d'un nouveau masculin en train de s'inventer aujourd'hui, Masculin pluriel mérite d'être vu et revu. On conserve un souvenir brûlant de jeunes ados se cachant le visage dans leurs tee-shirts en assistant au spectacle.

[...]

"Singulier «Masculin Pluriel»", Marie-Christine Vernay, Libération, 12 janvier 2005

Quitte à faire du masculin le thème de son spectacle, autant le conjuguer au pluriel. La pièce de Christian Bourigault, chorégraphe qui créa sa compagnie Alambic en 1990 après avoir été interprète chez Dominique Bagouet, met en scène huit types qui se coltinent la question de la mâlitude: «Etes-vous fier d'être un homme ? Je ne sais pas si je suis un homme.» Comment ensuite, faire circuler une parole intime quand le cadre enferme le mâle dans des conceptions et acceptions faites pour le paraître. Bien des spectacles ont interrogé l'identité sexuelle, Masculin Pluriel fait feu de tout bois, emporte les danseurs - qui n'en sont pas tous, certains interprètes étant techniciens - dans un ballet qui peut virer parfois à la chorégraphie aquatique.

Bonne humeur. Comment l'intimité de l'homme peut-elle s'exprimer, alors qu'il est si codé et affiché, que ce soit dans les calendriers de rugby, la presse masculine, les pornos ? Bourigault, tentant de répondre, en passe par les clichés : le boy's band nigaud, les Chippendale, les animateurs (radio pénis), les sportifs et bien sûr les danseurs.

Car l'art chorégraphique impose aussi ses codifications, qu'il s'agisse du duo mâle de tango, des collectifs techno ou de l'ensemble contemporain qui tente de faire apparaître la fameuse féminité de l'homme. Masculin Pluriel s'en prend à tout avec une bonne humeur qui rend l'ensemble très sympathique. Mais des espaces physiques sont réservés à l'intimité. Par deux fois, en ouverture du spectacle dans la nudité la plus simple, dans un duo gémellaire sur des tables, le danseur retourne à son double masculin, à sa famille sexuelle en quelque sorte.

Pourtant, tout est sous menace. Il serait presque trop évident que les interprètes partent en guerre contre les modèles, hétéros ou non, pour les ébranler un tantinet. Mais non, on n'est ni dans la satire sociale, ni la parodie. La forme même du spectacle, où l'on consomme nombre de Kro et de cigarettes, permet de passer d'une forme à l'autre. On est dans le divertissement, la danse la plus précise et ciselée ; dans le registre théâtral, musical, dans le médiatique. Pas de hiérarchie dans tout ce bazar où chacun peut revêtir la panoplie de son choix, même celle de la fête des pères. On y tague aussi. Au nom du «Sang Père». On s'y révolte, dos martelant le sol, s'élevant en migration d'oiseaux «poétique».

Tous ont surtout envie de ruer dans les brancards, de partir en guerre contre les types. Sans violence, mais sans fatalisme non plus. Cet homme appris qui gît au fond des couilles comme un vieux restant de giclette, ou dans un coin de la tête comme une consigne ancestrale oubliée dans la mémoire du grand ordinateur, produit aussi bien des bonheurs.

Revue. Car les hommes en souffrent et en rient. Le spectacle est ici comme une revue qui s'amuse de tous les paraître. Une vidéo amateur filme le petit dans les jambes gainées de sa mère, tout joliment habillé, presque en uniforme. «Tu seras un homme mon fils.» Quelques instants plus tard, un autre petit crie. On lui a relevé sa robe pour le couper : «Tu es un homme, mon fils.»

Bourigault nous avait présenté des spectacles plus intérieurs, plus graves aussi, comme son inoubliable Autoportrait de 1917, solo dédié à Egon Schiele. Mais il sait aussi conjuguer sa danse au pluriel. Il le confirme ici. Comme d'autres le feront tout au long des festivals ArtDan thé et Faits divers, danses d'auteurs, qui se déroulent en partie au théâtre le Vanves et où l'on peut découvrir des écritures singulières. On y retrouvera des auteurs comme Daniel Dobbels, Brigitte Asselineau, Michel Kelemenis, dans une pièce obsédante comme Besame mucho, la célèbre chanson interprétée dans toutes les langues. Cela pour Faits d'hiver, danses d'auteurs. Et dans ArtDanThé, en partie consacré à la nouvelle danse portugaise, on découvrira la Pudeur des icebergs, de la compagnie québécoise de Daniel Léveillé. Et bien d'autres chorégraphes à la langue bien pendue.

retour haut de page

vidéo

Christian Bourigault parle de F. et Stein et Masculin Pluriel, du lien entre ces deux «pièces de l'écart», présentées les 11 et 12 avril 2008 au Forum de Blanc-Mesnil.

retour haut de page

dossier

Télécharger le dossier du spectacle au format PDF (1Mo) : Télécharger le dossier
retour haut de page
site réalisé par Yannick Lechevalier © compagnie de l'alambic 2005-2009
dernière modification le 9 Oct 2008 - plan du site